Dire ou ne pas dire…


…une question intéressante en Technique Alexander.

Cet été, j’ai travaillé avec des musiciens. J’ai été confronté à la situation dans laquelle je remarque un mouvement ou un posture nocive pendant une prestation ; je dois alors décider de révéler ou non mon diagnostic à l’élève.

Si je l’interromps dans son jeu pour lui faire remarquer, par exemple,  qu’il effondre sa cage thoracique vers l’avant et vers le bas et gêne ainsi sa respiration naturelle, je facilite sa prise de conscience de la manière dont il fonctionne. C’est tangible, donc rassurant. En revanche, il y a deux limites (au moins !) :

  1. il n’a pas forcément observé à cet instant la même chose que moi et peut refuser (explicitement ou implicitement) mon observation ; elle devient inutile, surtout s’il n’ose pas exprimer son refus !
  2. cela risque aussi d’induire une forme de dépendance de l’élève vis à vis de son enseignant : il attend l’avis de « l’expert » sur sa prestation, ce qui freine le développement de son autonomie dans le processus d’apprentissage.

Je peux aussi le laisser jouer, en continuant la leçon Alexander, c’est à dire le guider en posant mes mains sur sa nuque, son dos, ses épaules…accompagnant éventuellement mes gestes de recommandations comme « en relâchant », « en vous laissant grandir (sans tirer !) », « en respirant » … Je le laisse ainsi prendre conscience par lui-même et à son rythme de ce qui est juste et facilite sa performance.

Je préfère bien sûr laisser le maximum d’autonomie et de liberté à mes élèves, mais je dois dire que dans la pratique je suis parfois amené à expliciter mon diagnostic, pour expliquer la logique qui sous-tend la façon je guide l’élève avec mes mains. Il y a un va et vient entre « laisser les choses se faire » et intervenir. Je m’efforce cependant d’intervenir le moins possible.

Jouer

Visiter une école


Le mois dernier, j’ai eu le plaisir de rendre visite aux deux écoles parisiennes de la Technique Alexander, ETAPP, où j’ai accompli mes études il y a un peu plus de 10 ans, et CFTA. Cela permet de rencontrer les futurs praticiens et de travailler avec eux. Parfois une directrice ou un professeur de l’école supervise mon activité et me prodigue de précieuses informations en retour, me permettant d’entretenir ma compétence.

Échanger des mouvements imprégnés de Technique Alexander avec des personnes sensibles aux fondamentaux de la Technique, notamment la notion de mouvement dirigé (c’est à dire pensé avant l’action, après un temps d’arrêt pour éloigner les habitudes nocives) permet d’accomplir des expériences enrichissantes. En l’occurrence, j’ai rencontré une future professeure (bientôt diplômée) qui a réussi à me guider vers le haut, une main dans mon dos et l’autre au sommet de mon crâne. C’est une manière originale de guider parce qu’on pourrait penser que la main posée sur la tête va inviter à se diriger vers le sol. Mais celle qui me guidait était dans un contact profond, intense, avec son dos qui s’allongeait vers le haut, si bien que je me sentais aspiré dans la même direction par sa main posée sur ma tête. J’utilise dorénavant plus souvent cette façon de diriger mes élèves.

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