A lire…


« Maintenant je me souviens… J’ai eu une période où je faisais des portraits d’animaux. J’ai fait une longue série sur les chats. Il y a quelque chose de si étonnant chez le chat. Il a atteint cette aisance suprême du bonheur à ne rien faire. Les hommes n’y arrivent pas. Au bout d’un moment, ils sont obligés de gesticuler, de parler, d’organiser quelque chose.

– Ah oui, maintenant que vous le dites…, acquiesça ma grand-mère.

– Si ce n’est pas indiscret… vous faites quoi maintenant ? ai-je demandé.

– Je ne fais rien. Il y a dix ans, j’ai touché un héritage. Pas énorme. Mais de quoi vivre. Alors j’ai arrêté de travailler. J’étais prof d’arts plastiques. Enfin, j’avais surtout des classes de sixième. Je n’en pouvais plus des gosses. Ils m’ont dégoûté de la gouache. « 

Ce court texte est extrait du roman de Daniel Foenkinos « LES SOUVENIRS », paru chez Gallimard.

Musiciens


Travailler avec des musiciens m’offre souvent la satisfaction de les voir évoluer rapidement, à la fois dans leur vie quotidienne et dans leur pratique artistique. Il me faut cependant rester attentif à leur manière d’appréhender la Technique Alexander : entraînés à travailler beaucoup et rigoureusement, ils s’approprient avec efficacité les procédures de la méthode Alexander (ensemble de pensées et de mouvements à réaliser dans un certain ordre, comme la position dite du « singe », celle de « l’escrimeur » etc) ; le danger est qu’ils fassent passer au second plan le point de départ de toute activité, qui consiste à relâcher les muscles externes de notre cou, avec pour conséquence bénéfique d’apaiser la plupart des tensions inutiles sur tout notre corps. Je les invite alors, par un travail en position allongée, ou la découverte de micro-mouvements à exécuter au ralenti, à reconnaître l’importance du « non-faire » dans la Méthode Alexander.

 

Définition


On me demande parfois de définir de la Technique Alexander. Un de mes confrères américain, Michael Ostrow, donne une définition que j’aime bien et traduis volontiers :

« C’est une méthode qui par contact manuel aide les personnes à se défaire de leurs habitudes de tension, stress, limitations, et les emmène vers une manière d’être, de bouger et de réagir plus efficace, plus naturelle, et exempte d’efforts inutiles ».

 

Vie quotidienne


Un de mes élèves m’a fait remarquer qu’il avait cessé de se brosser les dents avec une énergie exagérée, pouvant aller jusqu’à lui irriter les gencives. L’anecdote est intéressante ; elle révèle au moins trois choses :

1. la Technique Alexander est applicable à toute activité

2. le travail que nous réalisons pendant les leçons peut avoir des retombées inattendues, dans des domaines que nous n’avons pas abordés directement en cours ; l’élève construit ses applications

3. comme toute méthode d’éducation somatique, la Technique devient progressivement un mode de vie, pour ne pas dire un art de vivre ; paramètre permanent de la pensée et des mouvements, elle accompagne notre quotidien, nos projets, notre développement.

Je pourrais citer d’autres exemples de retombées des cours de Technique Alexander dans des sphères d’activité ne faisant pas partie de la demande initiale de l’élève :

– une élève qui souhaite apaiser le stress et certaines douleurs et qui reprend le piano après une dizaine de leçons

– un élève musicien qui souhaite rendre son jeu plus naturel, plus fluide, et modifie sa manière de dormir  (change d’oreiller, change de position lorsqu’il s’endort)

…

Application


On pense souvent que la Technique Alexander s’applique au bon usage de l’individu et que cette méthode sera bénéfique sur les évènements si les personnes fonctionnent correctement. C’est oublier que si l’on cherche à obtenir le plus de résultat avec le moins d’effort, on peut analyser toute situation en s’inspirant du concept de non-faire et se demander en toute circonstance :

1. où se trouvent les actions inutiles ; où peut-on ne rien faire ?

2. où sont les ressources méconnues qui se croisent sans même savoir que l’autre existe ?

3. où sont les ressources simplement passées inaperçues parce que personne n’a pensé à les mettre en oeuvre ?

La prochaine fois que vous aurez à piloter un projet, résoudre une situation, accomplir une tâche, vous pouvez tenter de répondre à ces 3 questions et observer si cela change votre manière de parvenir au résultat.