Une Histoire…


Une histoire chan raconte que deux adeptes, l’un du Chan, l’autre d’une autre école, se rencontrent le long du fleuve. L’adepte de l’autre école raconte que son maître possède des pouvoirs extraordinaires. Assis à côté du fleuve, ce dernier peut tracer dans l’espace des signes qui s’impriment sur une feuille de papier que tient un de ses disciples de l’autre côté du fleuve. « Et ton maître, de quels prodiges est-il capable ? ».

« Mon maître est un grand magicien, répond l’adepte Chan. Quand il a soif, il boit, quand il a faim, il mange, quand il est fatigué, il se couche. » [1]

J’ai lu cette histoire il y a quelques jours et elle m’a fait inévitablement penser à la Technique Alexander : quand nous sommes accaparés par nos désirs d’atteindre des objectifs ambitieux, perçus comme difficiles, combien de fois ne méconnaisons-nous pas notre besoin de nous alimenter (déjeuners « sur le pouce », pour retourner bien vite au travail, repas supprimés …), combien de fois ressentons-nous des troubles du sommeil ?

La Technique Alexander va nous inviter à prendre du recul par rapport à nos activités externes et à nous recentrer sur nous-mêmes, notre fonctionnement, l’usage que nous faisons du plus merveilleux des outils à notre disposition, notre personne (le corps et la pensée).

Ce n’est qu’après avoir retrouvé un usage « juste » (exempt de tensions inutiles) que nous allons reprendre l’action, avec moins de précipitation et plus d’efficience.


[1] Daniel ODIER, « Désirs, passions et spiritualité » PocketSpiritualité

Technique Alexander et vie quotidienne


On me dit souvent pendant les leçons : »mais dans la vie courante, je n’aurai jamais le temps de me diriger comme cela avant de faire les choses ». C’est à la fois vrai et faux :
1. vrai : il est important de reconnaître la force de nos habitudes, et de considérer qu’à tout moment nous pouvons revenir à nos anciens schémas, faits de tensions et d’efforts inutiles.
2. faux : l’apprentissage de la Technique Alexander permet, après une vingtaine de leçons, de « faire les choses » de façon consciente, c’est à dire en ayant pensé : 
a. à éviter ce qui est nocif – les tensions inutiles, notre corps avec la tête tirée vers l’arrière et vers le bas, le dos tassé… –
b. à renouveler nos directions, à savoir « je laisse mon cou libre, pour permettre à ma tête d’aller vers l’avant et vers le haut et à mon dos de s’allonger et s’élargir »
Avec un peu d’expérience, cette manière juste de nous utiliser, qui se résume à une façon d’être très simple, peut être activée rapidement, à tout instant.

Technique Alexander et sexualité


La Technique Alexander repose sur une conception globale de la « créature humaine », envisagée comme une machine psychophysique unifiée incluant le corps et la pensée (au sens le plus large, pensée rationnelle et psychologie.) S’il est une activité psychophysique qui requiert un engagement intense du corps, des émotions, des pensées, réelles ou fantasmatiques, c’est bien la sexualité. Un des paradoxes de la Technique est que la sexualité semble un quasi tabou dans sa sphère. Alexander ne la mentionne jamais dans ses écrits, probablement en raison de ses origines sociales et de la réserve sur ce thème au moment de la publication de ses ouvrages. Mais la plupart de ses successeurs restent dans la même tradition. En recherchant des informations sur ce sujet, j’ai trouvé un chapitre dans « The Alexander Principle » de Wilfred Barlow (chapitre 8, pages 141 à 159 dans l’édition Orion) et un numéro de la revue « Directions », volume 2, n° 4. La collecte est assez limitée !  

 

 

Quel peut être l’apport de la Technique Alexander à une meilleure satisfaction sexuelle des êtres humains ? Wilfred Barlow donne quelques pistes dans ce domaine. Il souligne que la sexualité est une affaire de sensibilité de l’ensemble de la personne à ses sensations. Or, notre éducation fait que nous associons souvent des peurs ou de la culpabilité aux manifestations de notre sexualité. D’où des tensions musculaires en miroir de ces tensions psychologiques, et un manque de satisfaction fréquent dans la sexualité. Comme la Technique nous amène à améliorer notre appréciation sensorielle, à accepter le toucher et la kinesthésie sans nous sentir coupables ou menacés, il devient évident qu’un épanouissement sexuel sera une retombée de l’apprentissage de la Technique. Et ceci de manière indirecte.  

 

Après Barlow il n’y a que très peu d’études qui approfondissent le sujet. La seule dont j’ai trouvé trace figure dans la revue Directions citée plus haut : Chloë Stallibrass a interviewé 29 professeurs et étudiants professeurs de Technique à Londres. Elle a observé à travers leurs réponses « une compréhension plus large et plus profonde de la relation sexuelle et de la nature des sentiments sexuels ».[1]

   

L’apport de la Technique sur la sexualité reste donc à ce jour un champ d’investigation à explorer.

 
 
 


 

[1] « A survey of sex » by Chloë Stallibrass – Directions – Volume 2 number 4 –