Tempo


« Pour jouer vite, travailler lentement » est un adage que de nombreux musiciens mettent en pratique.

Une façon d’atteindre un tempo (vitesse d’exécution) rapide est de commencer lentement, avec son métronome (ce petit appareil qui nous bat la mesure, « tac-tac », plus ou moins rapidement selon le réglage qu’on lui indique) puis de monter la vitesse, en augmentant la rapidité de la battue du métronome.

Un de mes élèves, a eu l’idée de poser son instrument entre deux changements de réglage métronomique, d’accomplir une procédure de Technique Alexander pour se détendre, puis de reprendre son travail. Il a été surpris du résultat : pas de stress, une bonne vitesse de jeu après un certain temps de travail, et aucun scrupule à cesser de travailler le morceau dès qu’il a repéré un défaut dans la production du son. Il valait mieux à ce moment passer à autre chose et reprendre une autre fois ou le lendemain. Le contraire aurait généré une tension mentale, source de tension physique, partant de dégradation du résultat musical.

A lire…


« Maintenant je me souviens… J’ai eu une période où je faisais des portraits d’animaux. J’ai fait une longue série sur les chats. Il y a quelque chose de si étonnant chez le chat. Il a atteint cette aisance suprême du bonheur à ne rien faire. Les hommes n’y arrivent pas. Au bout d’un moment, ils sont obligés de gesticuler, de parler, d’organiser quelque chose.

– Ah oui, maintenant que vous le dites…, acquiesça ma grand-mère.

– Si ce n’est pas indiscret… vous faites quoi maintenant ? ai-je demandé.

– Je ne fais rien. Il y a dix ans, j’ai touché un héritage. Pas énorme. Mais de quoi vivre. Alors j’ai arrêté de travailler. J’étais prof d’arts plastiques. Enfin, j’avais surtout des classes de sixième. Je n’en pouvais plus des gosses. Ils m’ont dégoûté de la gouache. « 

Ce court texte est extrait du roman de Daniel Foenkinos « LES SOUVENIRS », paru chez Gallimard.

Musiciens


Travailler avec des musiciens m’offre souvent la satisfaction de les voir évoluer rapidement, à la fois dans leur vie quotidienne et dans leur pratique artistique. Il me faut cependant rester attentif à leur manière d’appréhender la Technique Alexander : entraînés à travailler beaucoup et rigoureusement, ils s’approprient avec efficacité les procédures de la méthode Alexander (ensemble de pensées et de mouvements à réaliser dans un certain ordre, comme la position dite du « singe », celle de « l’escrimeur » etc) ; le danger est qu’ils fassent passer au second plan le point de départ de toute activité, qui consiste à relâcher les muscles externes de notre cou, avec pour conséquence bénéfique d’apaiser la plupart des tensions inutiles sur tout notre corps. Je les invite alors, par un travail en position allongée, ou la découverte de micro-mouvements à exécuter au ralenti, à reconnaître l’importance du « non-faire » dans la Méthode Alexander.

 

Application


On pense souvent que la Technique Alexander s’applique au bon usage de l’individu et que cette méthode sera bénéfique sur les évènements si les personnes fonctionnent correctement. C’est oublier que si l’on cherche à obtenir le plus de résultat avec le moins d’effort, on peut analyser toute situation en s’inspirant du concept de non-faire et se demander en toute circonstance :

1. où se trouvent les actions inutiles ; où peut-on ne rien faire ?

2. où sont les ressources méconnues qui se croisent sans même savoir que l’autre existe ?

3. où sont les ressources simplement passées inaperçues parce que personne n’a pensé à les mettre en oeuvre ?

La prochaine fois que vous aurez à piloter un projet, résoudre une situation, accomplir une tâche, vous pouvez tenter de répondre à ces 3 questions et observer si cela change votre manière de parvenir au résultat.