Non-Faire !


Quand je travaille avec un élève, il est important que je sache distinguer :

  1. lorsque je ne fais rien en posant les mains sur lui
  2. lorsque je pose les mains et me donne des directives mentales sans les exécuter (« je laisse mon cou libre pour permettre à ma tête d’aller vers l’avant et vers le haut, et à mon dos de s’allonger et s’élargir »)
  3. lorsque je pose les mains et effectue un travail sur moi-même (relâcher mon cou, détendre mes genoux, mes poignets…), travail qui peut se traduire en micro-mouvements que l’on n’aperçoit pas forcément à l’observation rapide de mon corps
  4. lorsque je pose les mains tout en gardant le contact avec les différentes étapes ci-dessus et que j’observe comment mon élève réagit
  5. lorsque je pose les mains tout en gardant le contact avec les différentes étapes ci-dessus et que je donne des instructions verbales à mon élève, soit pour lui demander de relâcher une partie de lui-même où j’ai repéré une tension, soit pour l’inviter à effectuer un mouvement.

Cette succession d’étapes dans le travail peut vous sembler étrange ; c’est pourtant une manière de transmettre l’expérience du non-faire en respectant une progression qui évite, pour l’élève comme pour moi, de se précipiter dans l’activité avec toutes les habitudes de tensions inutiles associées.

 

 

Bientôt Noël !


Les vacances de la Toussaint sont à peine terminées que l’on pense déjà à la fin de l’année. Ce peut être l’occasion de se réjouir, mais aussi parfois, hélas, de ressentir un peu de stress : les premiers froids à affronter (et même des intempéries dans certaines régions, comme en ce moment), les fêtes à préparer, des dépenses à étudier, peut-être des voyages à mettre en place…

Alors, prenons du recul : donnons-nous le temps de nous reposer, l’autorisation de ne pas décider immédiatement face aux sollicitations qui nous assaillent, la permission d’effectuer des activités qui nous font du bien (s’offrir un massage, une séance d’éducation somatique…), l’occasion de contempler toutes les couleurs de l’automne.

 » De temps en temps, il faut se reposer de ne rien faire. » [Jean Cocteau]

 

« Laisser son cou libre »


Il s’agit là du point de départ de la mise en œuvre de la Technique Alexander. Mais beaucoup de mes élèves, même après plusieurs leçons, me disent n’avoir pas bien compris de quoi il s’agit. Différentes manières de considérer cette instruction (ou « directive », « direction » en Anglais) peuvent être proposées :

1. la comparaison : serrez le poing (droit ou gauche, peu importe) et desserrez sans ouvrir la main ; vous observez que votre cerveau est parfaitement capable d’adresser un ordre à cette partie de votre corps ; de la même manière, il peut ordonner aux muscles de mouvement de votre cou (la musculature externe) de se détendre, surtout si vous bougez très peu et que votre tête est presque immobile ; lorsque cette pensée (« je relâche mon cou ») aura produit son effet, et après un temps plus ou moins long selon votre expérience, elle le produira, c’est inévitable, votre tête sera en équilibre au somment de votre colonne vertébrale, délicatement soutenue par la  musculature profonde située le long de la colonne.

2. le mouvement : vous pouvez effectuer avec votre tête de minuscules mouvements d’approbation (« oui ») ou de négation (« non ») ; lentement, calmement ; à cette occasion, vous pourrez observer que les muscles de votre cou se détendent doucement.

3. le non-faire : allongez-vous sur un tapis confortable, les jambes repliées, quelques livres à l’arrière de votre crâne de manière à ce que votre face soit à peu près parallèle au sol…et ne faites rien ; au bout d’un moment, pensez « je laisse mon cou libre » et portez très lentement la paume d’une de vos mains sur votre nuque ; laissez -vous imprégner par la détente des muscles de votre cou…

Bonnes vacances !


 Un de mes élèves m’a conté une anecdote riche d’enseignement. En visite touristique, avec son épouse, dans village typique (église abbatiale, vieilles maisons, musée, ruelles piétonnes…), il avait un coup de téléphone professionnel à passer. Le couple fait halte dans un café, commande deux boissons et mon élève se rend sur la terrasse pour téléphoner. Trente cinq minutes plus tard, il revient, trouve sa femme furieuse de l’avoir attendu si longtemps ! Ils règlent leurs consommations et poursuivent leur visite dans une atmosphère dont l’ambiance entachée d’hostilité mettra plusieurs heures à s’apaiser.

Cette histoire me fait penser aux liens indissociables entre tension mentale ou psychologique et tension physique : la montée d’adrénaline associée au sentiment de colère de la femme l’empêche de penser à des options inhabituelles de réponse au stimulus de l’attente de son mari indûment occupé ; elle pouvait :

  • commander un alcool après le café

  • aller faire un tour : « rejoins-moi au cloître »

  • aller faire une course et s’offrir quelque chose

  • engager la conversation avec le garçon de café, un voisin de table

  • aller à la piscine

  • …

Je ne dirais pas de bloquer l’expression d’un sentiment (la colère en l’ occurrence) ; en revanche, dire « stop » à une réponse habituelle au stimulus lorsqu’elle devient contraignante, et chercher des réponses inhabituelles propres à éviter des tensions inutiles ne peut pas nuire !!

Ne rien faire ! (Raymond Devos)


ÇA PEUT SE DIRE,
ÇA NE PEUT PAS SE FAIRE

On dit qu’un mime sait tout faire.
C’est faux !
Un mime ne peut pas tout faire.
Exemple :
Un jour je devais mimer un personnage qui n’avait rien à faire
Eh bien je n’ai rien pu faire !
Parce que ne rien faire, ça peut se dire,
Ça ne peut pas se faire !
En outre, je ne pouvais pas le dire
que je ne pouvais rien faire,
parce que le personnage qui n’avait rien à faire
en plus, n’avait rien à dire !
Le directeur de la salle me l’avait bien spécifié.
Il m’avait dit:
“ Pensez bien à ce que vous avez à faire ! ”
C’est-à-dire, en fait: “ Ne pensez à rien ! ”
Et il avait ajouté:
“ Surtout, ne le dites pas ! ”
Et moi, je lui avais donné ma parole de mime que je ne dirais rien.
Je suis entré sur scène et je me suis mis à ne rien faire sans rien dire !
 Ça n’a l’air de rien…
mais il faut le faire… !
Il ne suffit pas de le dire… Et paradoxalement, plus je ne faisais rien,
plus les gens, dans la salle, disaient:
“ Qu’est-ce qu’il fait ? ”
Parce que le public… lui, il n’est pas fou !
Il voyait bien que je faisais quelque chose …
mais comme c’était rien, il se demandait ce que j’étais venu faire.
Les critiques, eux, par contre,
voyaient bien que je ne faisais rien,
et que je le faisais bien !
Seulement, ils s’attendaient à plus.
Et moi qui déjà ne faisais rien, je ne pouvais pas faire moins.
Alors, au bout d’un moment, dans la salle,
les gens qui ne voyaient rien
ont commencé à trouver à redire :
“ Il pourrait au moins faire un geste, avoir un bon mouvement ! ”
Ce que voyant…
j’ai fait le seul geste que pouvait se permettre quelqu’un qui n’a rien à faire…
sans que l’on puisse dire: “ Il en fait trop !”
J’ai fait… (Geste d’impuissance.) Les gens:
“ Qu’est-ce qu’il a dit ? ”
Alors là, j’ai rompu le silence.
J’ai dit : “ Mais je n’ai rien dit ! ”
Qu’est-ce que j’avais dit là !
Le directeur : “ Rideau !
Non seulement, je paye un mime à ne rien faire
et il ne le fait pas !
Mais en plus, il ne tient pas sa parole, il parle ! ”
Et il a ajouté:
“ Tenez ! Vous n’êtes même pas bon à rien!”
Le lendemain, dans la presse,
qu’en ont dit les critiques ?
Eh bien, comme je n’avais rien fait,
ils n’ont rien dit…
mais… en bien !