« Laisser son cou libre »


Il s’agit là du point de départ de la mise en œuvre de la Technique Alexander. Mais beaucoup de mes élèves, même après plusieurs leçons, me disent n’avoir pas bien compris de quoi il s’agit. Différentes manières de considérer cette instruction (ou « directive », « direction » en Anglais) peuvent être proposées :

1. la comparaison : serrez le poing (droit ou gauche, peu importe) et desserrez sans ouvrir la main ; vous observez que votre cerveau est parfaitement capable d’adresser un ordre à cette partie de votre corps ; de la même manière, il peut ordonner aux muscles de mouvement de votre cou (la musculature externe) de se détendre, surtout si vous bougez très peu et que votre tête est presque immobile ; lorsque cette pensée (« je relâche mon cou ») aura produit son effet, et après un temps plus ou moins long selon votre expérience, elle le produira, c’est inévitable, votre tête sera en équilibre au somment de votre colonne vertébrale, délicatement soutenue par la  musculature profonde située le long de la colonne.

2. le mouvement : vous pouvez effectuer avec votre tête de minuscules mouvements d’approbation (« oui ») ou de négation (« non ») ; lentement, calmement ; à cette occasion, vous pourrez observer que les muscles de votre cou se détendent doucement.

3. le non-faire : allongez-vous sur un tapis confortable, les jambes repliées, quelques livres à l’arrière de votre crâne de manière à ce que votre face soit à peu près parallèle au sol…et ne faites rien ; au bout d’un moment, pensez « je laisse mon cou libre » et portez très lentement la paume d’une de vos mains sur votre nuque ; laissez -vous imprégner par la détente des muscles de votre cou…

Aïe [2]


La semaine dernière, il m’est arrivé deux expériences intéressantes : en début de leçon, deux de mes élèves se plaignaient de douleurs, la partie droite du  cou et une raideur dans la jambe droite pour l’un, un point douloureux à la hanche gauche et une jambe gauche sensible pour l’autre.

Plutôt que de nous intéresser à la zone douloureuse, nous avons commencé par ne rien faire, juste se tenir debout calmement, prendre contact avec l’environnement extérieur au moyen d’un regard périphérique, prendre contact avec soi en respirant doucement. Puis nous avons prolongé ce temps d’arrêt par quelques mouvements très simples, s’asseoir et se lever, sur un ballon de gymnastique tenant lieu de chaise, puis sur un tabouret, mouvements empreints de non-faire et de directions (penser à la liberté des muscles de son cou, permettre à sa tête de se diriger vers l’avant et vers le haut…)

Après une vingtaine de minutes de travail, l’un comme l’autre élève, étonné (e) – une leçon s’adressait à un homme, une autre à une femme -, me fait remarquer qu’il ne ressent plus de douleur.

Cela a provoqué pour moi plusieurs pensées :

1. La Technique Alexander n’est pas une médecine ni un soin, et si elle soulage parfois certaines douleurs, ce n’est que la conséquence d’une utilisation de soi qui évite les efforts excessifs, et invite à relâcher les tensions inutiles.

2. Il y a probablement un mécanisme qui renforce certaines douleurs : la douleur crée de la tension ; le corps n’aime pas souffrir, alors il met en place de manière incontrôlée des processus de compensation, qui génèrent d’autres tensions qui renforcent la douleur etc. Si l’on commence par ne rien faire et relâcher tout ce qui peut l’être, cette mécanique de développement de tensions qui renforcent la douleur s’arrête, ou s’apaise.

3. C’est pourquoi il est important d’utiliser une méthode indirecte, de s’intéresser à la globalité tête/cou/dos et d’oublier un temps soi peu la douleur, même si cela peut sembler étrange à l’élève en début de leçon.

4. Restons très prudents : il est important de dialoguer avec les élèves à propos de la douleur et de les inviter à consulter un médecin si les douleurs persistent. Les pathologies relèvent de la médecine. Seuls quelques troubles musculaires peuvent être soulagés par une méthode psycho-corporelle comme notre Technique Alexander.

5. Dans certains cas, la combinaison soin (kiné, ostéopathie, médicaments…) et Technique Alexander pourra donner des résultats probants : si l’on s’utilise correctement, on profite mieux des soins que l’on décide d’appliquer.

Changer de point de vue


Mes élèves me demandent parfois quelle posture adopter pour lire ou se tenir correctement devant leur écran. Je les invite alors à raisonner autrement : chercher la « bonne » posture, c’est probablement quelque part « vouloir bien faire », avec le risque d’installer une tension mentale qui se traduira inévitablement par des tensions physiques, avant même d’avoir initialisé quoi que ce soit.

Une autre façon de considérer la situation consiste à se demander comment s’utiliser correctement en lisant, comment s’utiliser correctement devant son écran, et à déplacer la recherche de la posture vers la manière d’être. Alexander a dit « Il n’y a pas de bonnes postures, il n’y a que de bonnes directions ». Les directions, en Technique Alexander, sont les directives mentales que l’on se donne pour relâcher son cou, équilibrer sa tête de manière souple au sommet de sa colonne vertébrale. Une fois en contact avec cet état de l’être, l’on devient capable d’accomplir n’importe quelle activité avec facilité, en économisant notre énergie corporelle et mentale. L’on va découvrir les postures correctes adaptées aussi bien à notre morphologie qu’à l’activité à accomplir. L’on va si besoin adapter notre mobilier et notre matériel à notre usage correct de nous-même.