J’ai une élève de plus de 90 ans qui est venue me voir parce qu’elle commençait à éprouver des difficultés pour se déplacer et n’arrivait plus à faire ses courses. Après une série de leçons au cours desquelles elle s’est sérieusement impliquée, elle a retrouvé suffisamment de tonicité pour sortir régulièrement à nouveau et accomplir démarches ou emplettes. Nous sommes réjouis de ce résultat tangible.
Ne voilà-t-il pas que récemment, au cours d’une leçon, une observation provoque notre déception : une de ses habitudes posturales debout est de se tenir avec les pieds en V. Lorsque je lui demande d’écarter ses talons pour réduire légèrement l’angle du V, elle ressent l’impression que ses pieds sont tournés vers l’intérieur, perception sensorielle fausse évidemment, comme nous pouvons le voir lorsqu’elle regarde la position de ses pieds.
Or, plus nous améliorons notre équilibre et devenons coordonnés grâce à la formation de Technique Alexander, plus notre perception sensorielle devient juste et cesse de nous tromper.
Passé le désappointement, la situation révèle en fait une chose très importante : rien n’est jamais acquis au cours ou après une formation de Technique Alexander : les habitudes sont trop fortes qui interfèrent avec notre relation dynamique tête/cou/dos ; elles peuvent resurgir à tout moment. Il est donc nécessaire de renouveler l’activité de l’esprit grâce à laquelle nous agissons de manière coordonnée, en évitant les tensions inutiles, à savoir, penser à libérer notre cou, laisser notre tête se diriger vers l’avant et vers le haut, notre dos s’allonger et s’élargir.
Le professeur, comme l’élève n’échappent pas à ce travail permanent.
Mais alors, me direz-vous : « il faut passer son temps à se prendre la tête ! ». Pas vraiment en réalité : à chaque fois que nous arrêtons de nous jeter dans l’action pour penser quelques instants à la manière dont notre corps et notre mental vont la réaliser, nous stimulons des connexions et des équilibres naturels. Même si nous ne le faisons que quelques minutes, voire quelques secondes, par jour, il en restera toujours quelque chose. Nous sommes libres d’accomplir, ou non, ce travail à tout moment !

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