Changer de point de vue


Mes élèves me demandent parfois quelle posture adopter pour lire ou se tenir correctement devant leur écran. Je les invite alors à raisonner autrement : chercher la « bonne » posture, c’est probablement quelque part « vouloir bien faire », avec le risque d’installer une tension mentale qui se traduira inévitablement par des tensions physiques, avant même d’avoir initialisé quoi que ce soit.

Une autre façon de considérer la situation consiste à se demander comment s’utiliser correctement en lisant, comment s’utiliser correctement devant son écran, et à déplacer la recherche de la posture vers la manière d’être. Alexander a dit « Il n’y a pas de bonnes postures, il n’y a que de bonnes directions ». Les directions, en Technique Alexander, sont les directives mentales que l’on se donne pour relâcher son cou, équilibrer sa tête de manière souple au sommet de sa colonne vertébrale. Une fois en contact avec cet état de l’être, l’on devient capable d’accomplir n’importe quelle activité avec facilité, en économisant notre énergie corporelle et mentale. L’on va découvrir les postures correctes adaptées aussi bien à notre morphologie qu’à l’activité à accomplir. L’on va si besoin adapter notre mobilier et notre matériel à notre usage correct de nous-même.

Aïe !!!


Il y a quelques jours, je suis tombé de la 3ème marche de mon escabeau, (oui, la Technique Alexander n’offre pas la perfection, il peut m’arriver de perdre l’équilibre), et j’ai heurté un meuble à l’occasion de cette petite chute. Le lendemain, point douloureux sur la partie postérieure gauche de la côte D8.

J’observe alors que lorsque je me précipite sur un mouvement, la douleur est plus intense que si je prends le temps de relâcher mon cou et d’attendre que cette détente se diffuse dans le reste du corps.

En particulier, si je m’asseois sans réfléchir, je souffre sensiblement plus que si je le fais en exécutant une position d’avantage mécanique (ou position du singe) profonde et correctement dirigée.

De même si je me lève, j’ai parfois le réflexe de croire qu’appuyer mes mains sur mes cuisses va occasionner peu d’effort et m’aider. Erreur, la douleur est vive. En revanche, si je prends le temps de « penser vers le haut », d’imaginer que le mouvement va être initialisé de la tête, et si mes épaules et mes bras ne font rien, le mouvement est fluide et  la douleur atténuée.

 

Apprendre sans rien faire !


J’apprécie lorsqu’un ou une de mes élèves me dit en substance, un peu gêné(e) : « Depuis notre dernière leçon, je n’ai rien pu faire ;  je n’ai pas retravaillé les procédures que nous avions expérimentées, je me suis assis(e) ou levé(e) comme d’habitude, etc ; je n’ai pas non plus pensé aux principes que nous avions travaillés… j’ai juste de temps à autre pensé vers le haut en marchant ;  et  je me suis peut-être senti(e) un peu moins tendu(e) ou fatigué(e) après avoir marché ».

Je réponds invariablement :

« Vous avez pratiqué le Technique plus que vous ne le croyez :

1. vous vous êtes observé(e)

2. vous avez repéré certaines de vos habitudes

3. vous vous êtes donné un domaine d’application (en l’occurrence la marche)

4. vous avez pris conscience de l’importance de la pensée dans la Technique Alexander.

Bref, il vaut mieux porter notre attention sur notre fonctionnement et faire le minimum de choses, plutôt que de vouloir bien refaire des procédures, avec le risque de les accomplir comme une gymnastique, le cou trop tendu, le dos crispé…

Alors, vous pouvez continuer à faire le moins possible pour acquérir plus de compétence en Technique Alexander. « 

Body Mind Centering


J’ai découvert cette Technique, en tant « qu’élève », le 12 février dans une séance de travail en groupe et aujourd’hui dans une leçon individuelle. Cette méthode d’éducation somatique a été créée par  Bonnie Bainbridge  Cohen.

Bonnie Bainbridge Cohen est née en 1943. Danseuse, ergothérapeute, thérapeute en neurodéveloppement, diplômée d’analyse du mouvement, elle fonde le Body Mind Centering (BMC) à New-York en 1973.

Le BMC étudie par l’expérience les principaux systèmes du corps et les schèmes de développement liés à l’évolution humaine et animale qui sous-tendent tous les mouvements humains.

Le BMC s’intéresse également aux sensations physiques et émotionnelles concrètes qui proviennent des différentes parties du corps et de ses différentes fonctions. Le BMC. est fondé sur la conviction que la conscience infiltre tout le corps. Il ne s’agit pas uniquement de « visualiser », mais bien de « ressentir de l’intérieur » selon l’angle de l’expérience personnelle.

Mon expérience, bien que limitée à deux séances, m’a profondément impressionné. Dans les deux occasions, une série de mouvements coordonnés m’a permis de développer un relâchement profond pendant les déplacements de différentes parties de mon corps. Au fur et à mesure du processus, la conscience corporelle s’affine : une perception subtile et inhabituelle du poids des organes, du fonctionnement profond des tissus, de la forme, de la place et de l’interconnexion des différentes parties du corps (tête, nuque, mains, pieds, poumons, cage thoracique, colonne, bassin, …) se développe. On ressort de la séance imprégné d’un grand bien-être, le corps très détendu, l’esprit calme.  Je vais probablement poursuivre mon initiation.

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Laisser mon cou libre …


Mes élèves me demandent parfois comment ils peuvent repérer que les muscles de leur cou sont détendus ; c’est important, puisque c’est le point de départ de l’élimination des tensions inutiles.

Ma réponse évoque plusieurs directions :

  1. faire confiance à la pensée : si je me dis que je laisse mon cou libre, avec une pensée délicate, sereine, et que je prends mon temps, la directive ainsi formulée va s’exécuter dans mon corps, comme chacun des ordres que je me donne en permanence dans la vie (bouger mes jambes pour marcher, mouvoir mes bras pour prendre des objets, écrire,…bouger ma tête pour regarder dans diverses directions…arrêtons la liste, elle est infinie)
  2. repérer les moments où le cou est tendu (crispation, douleur) ; avec un peu d’entraînement en Technique Alexander, nous devenons sensible à ces observations de notre corps ; par différence, j’apprends à identifier les moments de détente
  3. mettre en pratique le repos actif : en position allongée, les genoux repliés, la tête légèrement rehaussée par quelques livres, profiter du soutien de tout le corps et de la tête en particulier pour laisser les muscles du cou se détendre (voir le document : Repos actif)
  4. observer son fonctionnement : si je suis tendus, physiquement ou mentalement, c’est le signe que mon usage de moi-même n’est pas optimal, et donc mon cou n’est pas libre ; alors, je me donne un temps d’arrêt pour me recentrer
  5. se donner du temps : avec la pratique de la Technique Alexander, je stimule des mécanismes psycho-physiques de fonctionnement naturel de l’être humain ; dans la durée, je deviens compétent pour entrer en contact avec cette relation dynamique tête-cou-dos, source d’une utilisation correcte de moi-même et d’un fonctionnement juste, et avec laquelle je vivais en permanence étant enfant.